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11.04.2008
Le temps politique
Un article sur le temps présidentiel (celui des premiers temps) mais il reviendra c'est à craindre.
L’immédiateté de Nicolas Sarkozy
Les débats passionnés sur les invectives du chef de l’état ou sur le grand déballage de sa vie privée sont, me semble t-il, la preuve que Nicolas Sarkozy a imposé sa temporalité aux médias ainsi qu’à la classe politique dans son ensemble.
Que son actualité fasse l’objet de toutes les attentions n’a rien d’étonnant au regard de la fonction présidentielle qu’il occupe.
Cependant, il me semble fondamentalement préoccupant qu’il ait fait de son actualité : une immédiateté.
Déstabilisant jusqu’à la vitesse médiatique pourtant déjà vertigineuse – l’immédiateté avec laquelle Nicolas Sarkozy répond, avec laquelle il est présent, m’inquiète plus encore que la dimension personnelle de l’exercice du pouvoir. Si tant est que les deux ne soient pas intimement liées.
La rupture « sarkozienne » d’avec la temporalité politique doit nous préoccuper en ce qu’elle engage d’avenir de la France.
Pour qui exerce quelques responsabilités, cette immédiateté ne peut qu’apparaître comme l’échec annoncé de l’efficience de toute politique future. Entendons-nous ; sans repousser les prises de décisions aux calandres grecques, gouverner implique nécessairement de la réflexion et réfléchir impose de prendre du temps.
Même dans l’urgence, ce temps ne s’évanouit pas. En aucun cas la gestion de l’urgence ne peut se confondre avec les réponses apportées aux causes de celle-ci, avec ces décisions sereinement prises une fois envisagé les choix qui engageront l’avenir et dont il faudra répondre.
L’immédiateté est, dans ce cas comme dans d’autres, une confusion. Confusion de l’urgence avec ses causes, condamnation à la superficialité à l’illusion.
L’immédiateté a également cette qualité d’étouffer l’apparition d’une réflexion féconde de décisions efficaces et pérennes, pour exemple :
Qu’il aurait été riche de nous interroger sur notre manière de commémorer, de nous souvenir, et de transmettre cette mémoire qui unit, sans repentance ni oubli. L’immédiateté, elle, a imposé la lecture de la lettre de Guy Môquet, à date fixe, dans tous les collèges et lycées de France. Que cette commémoration parachutée ne coïncide en rien avec la période où les élèves traitent de cette partie de notre Histoire ne semble pas avoir été pris en compte. Il fallait faire … immédiatement.
Il en est de même quand fût proposé de faire porter la mémoire des jeunes juifs déportés aux enfants de CM2. Même quand l’immédiateté est source d’échec, elle ne porte pas à penser. On ne retiendra que la déferlante des protestations sur l’idée elle-même, puis sur les méthodes de Nicolas Sarkozy. La question de la mémoire se trouve recouverte de bruits sans avenir, stérilisée pour longtemps.
Les discours du président Sarkozy sont autant de performances qui donnent l’illusion de la réactivité comme la perspective donne celle de la profondeur. Immédiates, elles se génèrent et s’emportent les unes les autres, qui d’ailleurs du président ou de ses détracteurs en a encore vraiment le contrôle ? Là réside tout le danger pour l’avenir de notre pays.
La démarche de l’homme décidé ne se confond pas avec celle de l’homme pressé.
Il nous appartient de rester réactif et vigilant à toute dérive du pouvoir.
Mais n’emboîtons pas le pas de celui qui court.
Benoit Milliery
17:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, debout la république, réforme, bling bling, président





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